De fil en aiguille (2),
par Franck Roncaglia
Du
côté de ma mère, ma famille vient d’Algérie, ce sont des juifs
sépharades (venant d’Espagne) et Tochavim (venant du Maghreb). Le
hasard a fait que le centre d’archives où est conservé
l’état-civil français d’Afrique du Nord n’est autre que ce
qui était alors appelé le Centre des Archives d’Outre-Mer, à
Aix-en-Provence, donc à côté de chez moi ! Je ne me suis par
conséquent pas privé de m’y rendre à de nombreuses reprises, les
actes d’état-civil comme les registres matricules n’étant pas à
ce moment-là en ligne, mais seulement consultables sous forme de
microfilms.
Sur
la question de ma progression dans le temps, autant il n’est pas
possible d’aller loin sur l’Afrique du Nord (qui se prête en
revanche à la réalisation d’arbres descendants touffus !),
où j’atteins péniblement la fin du XVIIIe,
autant la rencontre avec un passionné de généalogie aux archives
départementales des Bouches-du-Rhône m’a propulsé du XVIIe
au XIIIe
siècle ! Je sais ainsi qu’au Moyen-Âge une partie de mes
ancêtres étaient déjà dans la cité phocéenne.
Il
y a aussi une différence de taille entre les prénoms (ainsi que les
noms) rencontrés en France, en Italie et en Afrique du Nord :
autant entre l’Italie et la France la passerelle est vite trouvée
(par exemple de Giuseppe à Joseph), autant l’Algérie offre un
exotisme tout-à-fait particulier à travers l’onomastique
israélite, où j’ai pu trouver des prénoms surprenants, comme
Judas, ou bien d’autres dont je ne soupçonnais pas l’existence
(Maklouf, Chloumou, Haseba…) ! Cette question des prénoms
avait d’ailleurs déjà été au cœur de mon année de maîtrise
d’histoire (quatrième après le bac’, actuellement appelée
Master 1 recherche), que j’avais basée dans l’espace sur le
Monêtier-les-bains (village choisi pour être celui de la grand-mère
paternelle à ma grand-mère), situé dans les Hautes-Alpes et dans
le temps sur le XVIIIe
siècle. En établissant à partir des actes de baptême une base de
près de 6 000 naissances, j’avais ainsi pu établir qu’au
début de la période la majorité des enfants portaient un seul
prénom et qu’à la fin ils en avaient majoritairement deux, voire
trois (et même exceptionnellement quatre !). En outre, ici
comme ailleurs, Marie écrasait ses concurrentes (même si Anne,
Catherine et un peu Jeanne étaient bien représentées) chez les
filles, et Jean – dans une moindre mesure – en faisait autant
chez les garçons (où Joseph et Pierre sont par exemple souvent
utilisés aussi).
S’agissant
des patronymes, ma mère a la particularité de s'appeler Maman.
C'est un nom courant chez les juifs d'Afrique du Nord, mais il a bien
sûr un tout autre sens en France ! Le plus amusant est que ma tante
Esther, née Maman, a eu son fils qui s'est marié avec une Papa ...
Ainsi, sur un acte de mariage les deux patronymes étaient réunis,
comme quoi le hasard réserve parfois des surprises aussi improbables
que croustillantes.
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Avec
l’avancée de la technologie, j’ai pu progresser dans la
connaissance de mes ancêtres, mais pas tant pour prolonger des
branches qu’approfondir des périodes récentes. En effet, j’ai
réalisé peu à peu que ce qui m’intéressait le plus était le
XIXe
siècle, époque où l’administration commence à cerner de près
l’individu et où des sources le rendent encore plus humain :
au-delà de l’état-civil, il y a les recensements, les fiches
matricules pour les hommes (avec le signalement qui va avec), la
presse qui offre parfois de sacrées surprises ! Et puis j’ai
presque l’impression de toucher du doigt des gens qui ont connu des
gens que j’ai moi-même connus…