mercredi 29 juillet 2026

La Chine en héritage

  Ce roman graphique est un pavé de 400 pages! Autobiographique, dense, émouvant, prenant, traumatisant. Et prix Pulitzer 2025.

  L'autrice a une mère et une grand-mère chinoises, exilées aux Etats-Unis où elle est née. Sa mère s'occupe de sa propre mère qui a une maladie mentale depuis des décennies. Cette situation complique sa relation avec sa fille.

  Cet album, entièrement en noir et blanc, raconte le chemin de l'autrice pour comprendre sa grand-mère décédée et sa mère. Le gouvernement chinois de Mao Zedong subi, l'exil, la gloire avortée d'autrice de la grand-mère, la folie omniprésente, le minuscule village états-unien, les langues mal parlées, mal comprises, les peurs, les fantômes, la nécessité de s'évader, de partir loin de sa famille, de rencontrer sa famille chinoise, les relations mère-fille compliquées... tout est abordé avec franchise au long du cheminement de l'autrice vers ses origines et son questionnement permanent sur elle et sa famille.

Un album à dévorer, qui doit avoir une résonance particulière pour certains.

Feeding ghosts, de Tessa Hulls, éditions Sarbacane, 2026.

mercredi 15 juillet 2026

#Genea ou comment je suis tombé dans la généalogie tout petit ! Episode 65, partie 2

 La généalogie à l'heure des réseaux sociaux

On retrouve Pierre-Yves, généalogiste amateur devenu expert des recherches sur Internet et via les réseaux sociaux pour reconstituer la généalogie de ses ancêtres.

Retrouver des arbres généalogiques déjà faits, c'est facile avec Geneanet. Retrouver des ascendants aussi. Mais les descendants ? Certains ne répondent pas, d'autres sont décédés...

Heureusement, Pierre-Yves a une trousse à outils bien garnie !

On peut commencer par l'incontournable Facebook pour une recherche par nom : on trouve vite des personnes du même nom et on correspond avec des contemporains qui sont eux aussi descendants de... Certaines personnes répondent, d'autres non (pas grave vu le nombre gigantesque d'inscrits !), on se fait des « amis ». Pierre-Yves a ainsi reçu des photos de personnes de son arbre. Plus le nom est rare, plus la probabilité que ces personnes aient un lien avec la famille recherchée est grande.

Sur Facebook, Pierre-Yves recommande de passer par les commentaires plutôt que par Messenger : les messages envoyés à des inconnus atterrissent dans les demandes de messages, sans notification, et sont très rarement lus. En commentant une publication, en revanche, l'auteur reçoit une notification et a toutes les chances de vous remarquer.

Autre réseau qui a bien marché pour retrouver des descendants : LinkedIn. On n'y pense pas d'emblée parce que c'est un réseau professionnel et qu'il y a moins d'inscrits que sur Facebook. Point positif : quand on contacte quelqu'un par message privé, il reçoit à la fois une notification et un email, ce qui augmente nettement les chances qu'il le voie et y réponde. Pierre-Yves a ainsi reçu de nombreuses réponses, et si des gens ne s'intéressent pas eux-mêmes à la généalogie, ils connaissent souvent quelqu'un qui s'y intéresse et qui pourra fournir des renseignements.

Les pages jaunes, sous une appellation un peu désuète, peuvent aussi apporter des pistes. Pierre-Yves se dit réservé de nature, mais il appelle désormais des inconnus très aisément. Et pourquoi pas une recherche par nom directement sur Google ? Pour les noms rares, ça marche !

À l'heure des réseaux sociaux, la recherche des descendants passe par la multiplication des sources et des tentatives dans toutes les directions. Geneanet l'a bien compris en introduisant la fonction « cousinages ». Pierre-Yves a ainsi retrouvé une arrière-arrière-petite-cousine de son âge: ils ont sympathisé et échangent beaucoup. Avec les réseaux, se créent de nouveaux liens avec des contemporains, y compris des cousins éloignés.

Pierre-Yves et sa petite-cousine Charlotte, réunis grâce à la généalogie

Quand on lui demande s'il a des conseils pour les plus jeunes, Pierre-Yves n'hésite pas :

  • poser des questions à ses grands-parents ou arrière-grands-parents, et les enregistrer pour conserver les voix, les anecdotes, les histoires ;

  • avoir confiance en soi : il n'y a pas vraiment de prérequis en généalogie, on peut tout faire ;

  • être persévérant, ne rien lâcher ;

  • être optimiste.

Pour Pierre-Yves, la recherche généalogique est fondatrice. C'est important de savoir d'où l'on vient, ce qui nous a forgés, ce dont on a hérité. Ce sont nos racines.

On peut retrouver Pierre-Yves sur NostraGenus, un réseau social de généalogie collaborative qu'il a créé : https://nostragenus.com

mercredi 8 juillet 2026

#Genea ou comment je suis tombé dans la généalogie tout petit ! Episode 65, partie 1

 Le témoignage de Pierre-Yves se compose de deux parties, la seconde à paraître dans une semaine.

Option « Humanités digitales »

  C'est en 2014, à partir de ses 12 ans, que Pierre-Yves commence à s'intéresser à l'histoire de sa famille, lui qui s'était jusque-là passionné pour l'Histoire avec un grand H. Il pose des questions, dresse un premier arbre sur trois générations, et demande que soit consulté un généalogiste professionnel. Jeune adolescent, il ne se croit pas vraiment capable de mener des recherches approfondies... la suite lui prouvera le contraire.

  En 2015, il crée un compte sur Geneanet et comprend rapidement qu'il ne suffit pas de recopier les arbres existants : il faut sourcer, trouver les actes d'origine. Il apprend en autodidacte, sur le tas, et il sourit aujourd'hui en se rappelant qu'il ignorait alors l'existence des tables décennales.

Devenu majeur, il se lance dans la recherche de deux ancêtres entourés de mystère.

  Du côté de sa grand-mère paternelle, adoptée et née de parents inconnus, il ne dispose au départ que d'un seul nom : Jeanne M., la mère de sa grand-mère. Une recherche dans le fichier des décès de l'INSEE, puis des contacts sur les réseaux sociaux lui permettent de retrouver des descendants, d'obtenir des photos et de reconstituer une partie de la lignée. Les registres sont en polonais, qu'à cela ne tienne : Pierre-Yves repère la structure des actes et remonte jusqu'à ses arrière-arrière-arrière-grands-parents.

  Du côté de son arrière-grand-père paternel, le personnage est trouble, volontairement passé sous silence dans la famille. Raymond D., amateur d'espéranto, grand voyageur, pionnier du camping en Afrique du Nord dans les années 1920, traîne une réputation sulfureuse. Comment reconstituer sa vie ?

  Le baccalauréat en poche, Pierre-Yves intègre l'EPFL (École Polytechnique Fédérale de Lausanne) en Physique. Cette formation scientifique lui apporte une méthode de travail fondée sur la vérification des sources, le recoupement des informations et l'analyse rigoureuse des données, qu'il applique également à ses recherches généalogiques. Il choisit une option « Humanités digitales », qui lui ouvre les portes de la presse ancienne numérisée, de la recherche par occurrence de mots, de la reconstitution virtuelle de villes à partir de cadastres et de recensements anciens. Pour son exposé de fin d'option, le choix du sujet s'impose alors de lui-même.

Gallica, Retronews, les archives en ligne : les sources fourmillent. Il reconstitue le procès qui a opposé son arrière-grand-père au député-maire de Bayonne pour interdiction de caravaning sur la voie publique, une affaire portée jusqu'au Conseil d'État, perdue, mais dont l'arrêt a fait jurisprudence. Au début de la Seconde Guerre mondiale, bilingue français-allemand, Raymond D. est employé dans un dépôt allemand pour l'achat de métaux. Le gouvernement de Vichy ouvre une enquête pour soupçon d'enrichissement personnel. À la Libération, il est dénoncé, arrêté, jugé, et condamné à 10 ans de travaux forcés et à l'indignité nationale. Incarcéré à Fresnes puis Fontevraud, il meurt à l'hôpital de Nanterre en 1951. Pierre-Yves a consulté le jugement en présentiel aux Archives départementales. C'est sur la vie de Raymond D. que porte son exposé de fin d'option, pour lequel il obtient 20/20.