Le témoignage de Pierre-Yves se compose de deux parties, la seconde à paraître dans une semaine.
Option « Humanités digitales »
C'est en 2014, à partir de ses 12 ans, que Pierre-Yves commence à s'intéresser à l'histoire de sa famille, lui qui s'était jusque-là passionné pour l'Histoire avec un grand H. Il pose des questions, dresse un premier arbre sur trois générations, et demande que soit consulté un généalogiste professionnel. Jeune adolescent, il ne se croit pas vraiment capable de mener des recherches approfondies... la suite lui prouvera le contraire.
En 2015, il crée un compte sur Geneanet et comprend rapidement qu'il ne suffit pas de recopier les arbres existants : il faut sourcer, trouver les actes d'origine. Il apprend en autodidacte, sur le tas, et il sourit aujourd'hui en se rappelant qu'il ignorait alors l'existence des tables décennales.
Devenu majeur, il se lance dans la recherche de deux ancêtres entourés de mystère.
Du côté de sa grand-mère paternelle, adoptée et née de parents inconnus, il ne dispose au départ que d'un seul nom : Jeanne M., la mère de sa grand-mère. Une recherche dans le fichier des décès de l'INSEE, puis des contacts sur les réseaux sociaux lui permettent de retrouver des descendants, d'obtenir des photos et de reconstituer une partie de la lignée. Les registres sont en polonais, qu'à cela ne tienne : Pierre-Yves repère la structure des actes et remonte jusqu'à ses arrière-arrière-arrière-grands-parents.
Du côté de son arrière-grand-père paternel, le personnage est trouble, volontairement passé sous silence dans la famille. Raymond D., amateur d'espéranto, grand voyageur, pionnier du camping en Afrique du Nord dans les années 1920, traîne une réputation sulfureuse. Comment reconstituer sa vie ?
Le baccalauréat en poche, Pierre-Yves intègre l'EPFL (École Polytechnique Fédérale de Lausanne) en Physique. Cette formation scientifique lui apporte une méthode de travail fondée sur la vérification des sources, le recoupement des informations et l'analyse rigoureuse des données, qu'il applique également à ses recherches généalogiques. Il choisit une option « Humanités digitales », qui lui ouvre les portes de la presse ancienne numérisée, de la recherche par occurrence de mots, de la reconstitution virtuelle de villes à partir de cadastres et de recensements anciens. Pour son exposé de fin d'option, le choix du sujet s'impose alors de lui-même.
Gallica, Retronews, les archives en ligne : les sources fourmillent. Il reconstitue le procès qui a opposé son arrière-grand-père au député-maire de Bayonne pour interdiction de caravaning sur la voie publique, une affaire portée jusqu'au Conseil d'État, perdue, mais dont l'arrêt a fait jurisprudence. Au début de la Seconde Guerre mondiale, bilingue français-allemand, Raymond D. est employé dans un dépôt allemand pour l'achat de métaux. Le gouvernement de Vichy ouvre une enquête pour soupçon d'enrichissement personnel. À la Libération, il est dénoncé, arrêté, jugé, et condamné à 10 ans de travaux forcés et à l'indignité nationale. Incarcéré à Fresnes puis Fontevraud, il meurt à l'hôpital de Nanterre en 1951. Pierre-Yves a consulté le jugement en présentiel aux Archives départementales. C'est sur la vie de Raymond D. que porte son exposé de fin d'option, pour lequel il obtient 20/20.
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