La
généalogie, c’est retracer la vie des ancêtres plutôt que de
les accumuler
« J’ai
commencé ma généalogie et je voudrais faire celle de ma femme. Qui
aimerait m’accompagner aux archives ? »
J’ai
10 – 12 ans à l’époque et c’est la première fois que
j’entends parler de généalogie par la voix de mon oncle (le mari
de ma tante, la sœur de mon père) venu de Nantes nous rendre visite
à Saint-Étienne.
La
généalogie ? C’est très flou pour moi. Mais, ce sont les
vacances, je n’ai pas grand-chose à faire, et, surtout, je suis
curieuse de nature. Alors, j’emboîte le pas à mon oncle, et, avec
plusieurs membres de ma famille, nous allons tous ensemble aux
Archives départementales. En salle de lecture, mon oncle sait déjà
ce qu’il faut consulter et chercher et c’est lui qui nous guide.
Tout
de suite, je suis intéressée par les registres, les noms de
famille, le côté « enquête » des recherches. En
revanche, recopier des listes de noms dans les tables décennales,
c’est franchement ennuyeux et je n’en vois pas l’intérêt dans
un premier temps. En effet, à cette époque, c’était la source de
l’État civil à consulter en premier lieu, afin de trouver
facilement dans les registres les actes susceptibles de nous
intéresser.
Et,
justement, voir les actes et leur contenu est une révélation pour
moi : je découvre les écritures anciennes, les signatures, la
vie des gens. Reconstituer les parcours de vie de mes ancêtres va
devenir une véritable passion.
Assez
vite, de toute ma famille paternelle, c’est moi qui suis la plus
motivée, la plus intéressée : jusqu’à mes 20 ans environ,
je passe une grande partie de mes étés aux Archives
départementales ! Je construis ma généalogie ascendante
paternelle et une partie de ma généalogie maternelle de génération
en génération, en notant tous les frères et sœurs et je fais des
fiches individuelles pour chacun et chacune.
Au
fur et à mesure de mon avancée, je préfère comprendre les
parcours de vie de mes ancêtres, sans remonter très très loin dans
le temps. Mon arbre compte quelques centaines d’ancêtres, moins de
1000.
Puis,
je réunis les fiches et les parcours de vie les plus saillants dans
un livret que je distribue aux membres de ma famille paternelle.
C’est un bel aboutissement personnel, mais un peu contrarié par le
fait que je ne perçois pas l’intérêt de ma famille autant que je
l’espérais. Sans doute est-elle un peu taiseuse ou ne l’ai-je
pas suffisamment questionnée sur ce que mes recherches leur avaient
apporté.
Enfant
d’abord, adolescente ensuite, les recherches généalogiques aux
Archives départementales m’apportent beaucoup.
J’aime
approfondir, creuser, découvrir et comprendre la vie de mes ancêtres
et leurs parcours. Plus tard, je vais aimer mener de véritables
enquêtes, repérer de nouvelles pistes de recherches et trouver des
choses inattendues même si elles peuvent parfois être désagréables.
Les
métiers m’intéressent aussi mais je m’ennuie un peu avec des
lignées entières d’agriculteurs qui vivent tous dans un rayon
d’une dizaine de kilomètres ; trouver un tisserand, une
ouvrière en soie ou un cloutier n’en est alors que plus
réjouissant ! Quand je découvre bien plus tard un pan de ma
famille maternelle encore inexploré, tout un monde de « nouvelles »
professions et d’origines géographiques dans divers recoins de
France apparaît et ouvre des perspectives généalogiques
renouvelées.
Longtemps,
une partie de ma famille maternelle est un mystère. À 10 – 12
ans, je ne connais pas mon grand-père, je sais juste qu’il est né
à Paris, ville lointaine et un peu fantasmagorique, et je nourris le
secret espoir de pouvoir le connaître et entamer des recherches sur
sa branche. Je me dis que je vais devoir attendre un bon moment et
puis le délai de communicabilité descend de 100 à 75 ans.
Je
me raconte aussi la vie d’autres personnes que mes ancêtres.
Comment ? Quand je lis un acte dans un registre, je lis aussi
celui d’avant et celui d’après ! Les décès d’enfants,
les enfants nés sans vie, les mères qui meurent juste après la
naissance de leur bébé, tout cela m’émeut. Adulte, je vais
découvrir que cette sensibilité est en résonance avec des
événements familiaux, notamment du côté maternel.
Toutes
ces recherches autour des métiers, des parcours de vie des ancêtres
de ma famille ou d’autres personnes comblent le vide de ne pas
pouvoir construire une partie de mon arbre généalogique du côté
maternel.
Puis,
avec les études et la vie professionnelle, la généalogie se
retrouve en pause pendant plusieurs années… jusqu’à ce qu’au
début des années 2000, un cousin de ma mère lui demande des
renseignements sur sa mère décédée à sa naissance. Je replonge
direct dans la généalogie : je découvre Internet et toutes ses
ressources démultipliées, je reprends et j’approfondis mes
recherches, en particulier du côté de mon grand-père maternel.
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ma généalogie et mon goût pour les recherches est devenu mon
souhait le plus cher avec la création d’un blog (que j’ai
tenu quelques années), l’écriture d’un roman généalogique
(pas tout à fait terminé), l’invention - en cours - d’un jeu
généalogique éducatif. La généalogie est devenue mon métier !
Mes
deux conseils à des jeunes qui veulent démarrer leur généalogie :
-
être curieux
-
chercher sans idée préconçue, avec l’envie de découvrir et en
se laissant surprendre.
La
généalogie est une passion, certes chronophage, qui donne beaucoup
de plaisir, procure des émotions fortes (aussi bien positives que
négatives…) et peut changer le cours d’une vie entière !
Chantal
On
peut retrouver Chantal et toutes ses multiples activités
généalogiques sur son site : https://ancetresetcompagnie.fr