vendredi 3 avril 2020

#Genea ou comment je suis tombé dans la généalogie tout petit ! Episode 18


L'épisode 18 est constitué par le témoignage direct de Philippe Huet. Merci à lui!

En généalogie, la curiosité enfantine n’est pas un vilain défaut

   Mon intérêt pour la généalogie est né d’une curiosité d’enfant alors que je passais une partie des vacances estivales chez mes grands-parents paternels.
J’étais alors âgé d’une douzaine d’années et aimais fouiner dans un grenier encombré d’objets des plus hétéroclites tels un vélo muni de roues en bois, un poste à galène et autres « vieilleries ».

     Un jour, je découvris une boite à biscuits en fer. Rouillée, recouverte d’une épaisse couche de poussière, elle n’avait manifestement pas été ouverte depuis de nombreuses années. Cela ne pouvait que piquer ma curiosité de jeune garçon en quête d’un trésor. Elle contenait des lettres et des photos que la pénombre ne me permettait pas de déchiffrer. Je la descendis à la lumière du jour et la montrai à mes grands-parents. Ils accueillirent cette découverte sans effusion particulière. Je fus même gratifié d’un : « Qu’est-ce tu veux faire de çà ? ». Je ne comptais pas en rester là et, cédant à mes questions pressantes et répétées, ils daignèrent enfin me livrer quelques laconiques informations. Les lettres avaient été écrites par mon arrière-grand-père paternel à sa femme pendant la guerre de 14. Les photos étaient celles de mes ancêtres.

     Je n’eus de cesse de demander plus de renseignements. Je cherchai à identifier les différents personnages photographiés. « Pourquoi ça t’intéresse ? » m’entendis-je répondre à chacune de mes nombreuses interrogations. Ils finirent toutefois par comprendre que je ne les lâcherai pas tant que je n’aurai pas de réponses. Je dois reconnaître qu’ils firent alors un prodigieux effort de mémoire.

     Je décalquais chacune des photos de groupe et numérotais les personnages. Je répertoriais ceux qui étaient identifiés sur un feuillet annexe. Toute indication biographique y était reportée. Je sentais que mes « informateurs » commençaient à prendre plaisir à me narrer quelques anecdotes que je m’empressais de noter. Ils me trouvèrent d’autres documents intéressants, mis à l’écart depuis des lustres, qui alimentèrent mes recherches.

     Ce furent mes premiers émois généalogiques. Je pouvais mettre un visage sur des bis voire trisaïeux et esquisser mon premier arbre jusqu’à la 4ème génération. Ce n’est qu’à l’âge adulte que j’allais consulter les archives départementales pour remonter chaque branche une par une.

     Par la suite, mon grand-père m’accompagna à plusieurs reprises sur les lieux où lui-même avait grandi. Nous y fréquentions les archives municipales, nous promenions dans les villages, berceaux de notre famille, et plus particulièrement dans les églises où tant de nos aïeux s’étaient rendus lors des baptêmes, mariages et cérémonies mortuaires.

     Je commençais aussi à recopier la centaine de lettres écrites par mon arrière-grand-père de sa mobilisation en décembre 1914 jusqu’à sa mort à Verdun en mai 1916. Il y donnait quelques détails de son quotidien, notamment sur les circonstances de sa photo le représentant en militaire, prise en 1915 pendant la bataille d’Artois, que j’avais pu sauver de l’oubli. Plus tard, je mêlai leur contenu avec les événements consignés dans le journal des marches et opérations de son régiment et ceux relatés par quelques rescapés ayant combattu dans ses rangs. Je pus ainsi reconstituer le contexte dans lequel il avait vécu ses années de guerre. En mai 2016, nous avons procédé à une petite cérémonie familiale sur les lieux-mêmes de sa disparition, la Cote 304.
 
     J’ai partagé le fruit de mes recherches avec ma famille, laquelle s’est également passionnée et s’emploie désormais avec moi à sauvegarder la mémoire de nos aïeux. 




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire